Des chrétiens entre athéisme et islam : regards sur la question religieuse en Asie centrale soviétique et post-soviétique

Indépendantes depuis plus d'une décennie, les cinq républiques
post-soviétiques d'Asie centrale (Kazakhstan, Kirghizistan, Ouzbékistan,
Tadjikistan, Turkménistan), majoritairement musulmanes, recensent
d'importantes minorités chrétiennes, orthodoxes, catholiques et
protestantes. À la différence des communautés religieuses du Proche et
Moyen-Orient, celles d'Asie centrale sont avant tout des minorités
européennes (Russes, Allemands, Polonais, Arméniens, Grecs...) installées
dans la région depuis la colonisation russe du XIX<sup>e</sup> siècle. Le christianisme
tend également à devenir autochtone puisque, depuis la chute de l'URSS,
de nombreuses missions, essentiellement protestantes, convertissent de
plus en plus de Kazakhs, de Kirghizes, d'Ouzbeks etc.
Ces chrétiens constituent un cas unique puisqu'ils ont conjugué
l'expérience soviétique d'un athéisme d'Etat militant à une situation de
minorité religieuse en milieu musulman. Une foi minoritaire peut se révéler
pertinente pour analyser, sous un angle à la fois historique, sociologique
et politique les rapports entre groupes nationaux et les critères de
regroupement communautaire. Les chrétiens d'Asie centrale permettent
donc de mener une réflexion sur la manière dont de nouveaux États, tout
juste apparus sur la scène internationale, gèrent les rapports entre une
institution étatique de plus en plus autoritaire, un islam de moins en moins
maîtrisé et un christianisme considéré comme la religion des anciens
colonisateurs.