AZF, un silence d'Etat

Toulouse, 21 septembre 2001 : l'usine AZF explose,
provoquant la mort de 30 personnes, en blessant
3 000 autres, endommageant des milliers d'habitations.
Un accident ? Un attentat ? Quoi qu'il en soit,
la Ville rose mais aussi la France entière sont en
état de choc.
Quelques heures seulement après le drame, les plus hautes
autorités de l'État écartent d'emblée la piste de l'attentat.
Trois jours plus tard, le procureur de Toulouse leur emboîte
le pas, se disant même sûr «à 99 %» qu'il s'agit là d'un
accident. Restant sourds à toute autre hypothèse, policiers
et magistrats vont, des années durant, s'évertuer à démontrer
le bien-fondé de leur thèse, multipliant les explications
scientifiques les plus contradictoires, alternant les silences
embarrassés et les coups de menton vindicatifs.
En vain : comme le montre ce livre, au terme de cinq années
d'une parodie d'instruction judiciaire, le dossier de la plus
grave catastrophe industrielle qu'ait connue la France reste
désespérément vide. Des zones d'ombre que nul n'a voulu
en haut lieu éclaircir subsistent, qui permettent toutes les
interrogations. Le procès qui s'ouvre dans quelques mois
risque de jeter une lumière singulièrement crue sur les impasses
de ce qu'il faut bien appeler un fiasco judiciaire.
Cette enquête rigoureuse, menée en dépit de mille obstacles,
explique la genèse et les raisons d'un scandale : le silence
obstiné de l'État.