Du procès pénal

«Le procès pénal est devenu une figure de la souveraineté au
terme d'une longue histoire politique. Distance, majesté, puissance :
à la sortie de la féodalité, la monarchie lui donne ces traits que
reprendront les régimes ultérieurs. Au faîte de sa puissance, il fait
savoir ce qu'il en coûte de porter atteinte au souverain. Au sein
des temples de justice, se déroule un théâtre de la cruauté dont
l'Inquisition est la forme extrême...
Mais à partir du moment où la démocratie progresse, la dramaturgie
pénale est transformée par l'exigence de citoyenneté, l'oralité
des débats, le jury populaire. De là vient le pari de cet essai : exhumer
l'archéologie du procès pénal qui fonde sa structure sans nier
cette dynamique. Il appartient à l'histoire longue de l'État et à l'histoire
récente de la démocratie. Il ne s'agit plus seulement de punir le
trouble à l'ordre étatique et d'affirmer la force de la loi, il faut également
réintégrer l'homme amendable, réparer les blessures des victimes,
épuiser tous les doutes et faire entendre toutes les voix.»