Mauvais temps, n° 6-7. Fascismes : un siècle mis en abîme

En 1994, le gouvernement de Silvio Berlusconi compte, pour la première fois dans l'histoire européenne de l'après seconde guerre mondiale, cinq représentants de l'Alliance nationale, héritière du fascisme mussolinien.
Six ans plus tard, le FPO de Jorg Haïder transforme le cours de la démocratie autrichienne : sollicité par le parti conservateur, il fait jeu égal avec lui dans le nouveau gouvernement après avoir obtenu 27 % des suffrages aux élections du 3 octobre 1999.
La page n'est donc pas tournée. Cinquante ans après la défaite militaire des puissances de l'Axe, après la découverte des camps de la mort, barbarie sans égale, la <<peste brune=""/>> se manifeste en Europe sous des formes renouvelées.
Il ne faut pas oublier qu'en France, et avant que son éclatement ne permette d'espérer un répit, le Front national de Jean-Marie Le Pen recueillait environ 15 % des voix et avait réussi à s'imposer comme interlocuteur et comme partenaire pour faire et défaire des majorités régionales.
Si la compréhension des fascismes contemporains en appelle à des réalités présentes, elle ne peut se passer, cependant, d'un retour sur l'histoire. Il nous faut revenir sur les expériences passées, sur les raisons de leurs succès électoraux, sur les erreurs commises par le mouvement ouvrier européen avant 1939. Il nous faut remettre sur l'ouvrage les analyses des fascismes historiques afin de faire avancer, par cette mise en abîme, notre intelligence du temps présent.