L'ailleurs depuis le romantisme : essais sur les littératures en français : actes du colloque de Cerisy-la-Salle

La notion d'«Ailleurs», opposée dans la langue à celle d'«Ici», ne subit-elle
pas à partir du romantisme une profonde mutation ? Si du XV<sup>e</sup> au XVIII<sup>e</sup> siècle
la découverte des nouvelles «parties du monde» soutient les mythes
prospectifs d'un Eldorado à conquérir (et où se régénérer), c'est sur un mode
nostalgique que l'élan romantique privilégie la dimension rétrospective d'un
retour à l'origine, voué à toutes les déceptions (l'Orient, c'est d'abord là
où le soleil se lève, orior ) ; renouant, même sans le savoir, avec le grand
courant gnostique de la culture occidentale (qui fait de la vie terrestre
une chute ontologique d'où s'évader pour rejoindre une origine divine).
A contrario , les expériences de dessaisissement, suscitées par la curiosité
empathique et le souci du dialogue, sauront convertir les désirs d'Ailleurs
en reconnaissances d'altérité.
Le XX<sup>e</sup> siècle (en Occident) ne fait-il que confirmer ce dispositif - jusqu'au
tourisme de masse -, ou parvient-il à en proposer la critique et trouver
des aménagements - un Ailleurs-Ici ? Et qu'en est-il (à partir de courants
littéraires francophones) d'un Ailleurs inversé , pour lequel c'est l'Ici fui par
les uns qui sert d'Ailleurs aux autres ?
Aux points de vue littéraires (d'expressions française et francophone, mais
sans limitation de genres : poésie, roman, littérature de voyage, essais)
se sont mêlés ceux des sciences humaines (ethnologie, histoire, sociologie
littéraire), afin que cette notion d'«Ailleurs» - jusqu'ici atomisée en une
pluralité des ailleurs, voire confondue avec celle, polymorphe, d'altérité -
commence à trouver une structure et un contenu qui lui soient spécifiques.