Argentine : généalogie de la révolte : la société en mouvement

Aucun mouvement social ne surgit spontanément. Ce livre
explore les origines du «Que se vayan todos» [que tous s'en
aillent] adressé aux partis de droite comme de gauche. Ce slogan
a sa source dans la transformation en profondeur de la société
argentine ; transformation imposée par les politiques néo-libérales
appliquées sous l'impulsion du FMI, après le coup d'État
militaire de 1976.
Les effets de plus de vingt-cinq ans de néo-libéralisme sont
là. L'analphabétisme - éradiqué depuis les années 1950 - est
réapparu. La misère - limitée à quelques poches régionales -
touche aujourd'hui 55 % de la population, soit 17 millions, et
l'indigence presque 9 millions. Les garanties sociales et sanitaires
sont laminées, toutes les industries nationales sont réduites au
minimum ou sont entre les mains de multinationales entièrement
libres de ne pas entretenir les installations et d'épuiser les
réserves naturelles. La corruption des classes dirigeantes a évidemment
atteint les mêmes niveaux mafieux que l'on observe
en Russie et aux États-Unis.
Actuellement, en Europe, le néo-libéralisme s'applique aussi
quels que soient les gouvernements. L'exemple argentin montre
les limites de la «soumission volontaire» et du «fascisme
sympa», et l'irruption des résistances et des refus pluriels de la
population. Ce mouvement de fond a secoué et ridiculisé les
classes dominantes en ce fameux décembre 2001.