Etudes rurales, n° 180. Cafés et caféiers : singularités et universalité d'une production mondialisée

Selon les aléas auxquels sont soumises les matières premières,
le café partage avec le blé la première place des produits
agricoles dans le commerce international. Entre production
et consommation, deux mondes coexistent, s'ignorant souvent
du fait des discontinuités dans l'organisation de la filière
à l'échelle mondiale.
Le café est beaucoup plus qu'un simple objet de négoce. Le
mot lui-même désigne à la fois le produit et le lieu où on le
consomme, lieu d'échanges où les distances géographiques et
sociales s'affirment ou se diluent dans l'alchimie du petit noir.
Sur les lieux de production, le rôle que joue le café prend
son sens dans un système global complexe, où les exigences
écologiques de la plante, les aptitudes bioclimatiques
et pédologiques des milieux tropicaux interfèrent
non seulement avec les conditions historiques du marché
mondial, mais aussi avec la formation et la transformation
de sociétés paysannes ouvertes à l'innovation, et
avec la construction, destruction et reconstitution des
pouvoirs, en particulier ceux de l'État moderne.
Ce numéro rend compte du processus de territorialisation
qui a accompagné la diffusion de la caféiculture, en tant que
moment d'une histoire des sociétés locales et des États, et en
tant que composante géographique d'un certain modèle de
développement. Et ce dans le sens où les caféiers marquent le
paysage de leur empreinte, où la caféiculture est un vecteur
des dynamiques et des identités socioculturelles et où elle sert
de support à la légitimation de hiérarchies institutionnalisées
ou de formes instituées de division du travail.