L'absolutisme au miroir de la guerre : le roi et Metz (1552-1661)

Ces premiers mots de Louis XIV, en 1661, résonnent tel un manifeste
politique : Mazarin décédé, le souverain désormais absolu entend se réserver
le moindre acte d'autorité. L'ambition tranche avec les pratiques qui
s'étaient imposées durant la guerre franco-espagnole (1635-1659) : non seulement
le roi ne délivrait pas toutes ces «sauvegardes», des protections accordées
en son nom, mais les secrétaires d'État eux-mêmes peinaient à les contrôler ;
ils devaient aussi, avec les communautés du royaume, constamment négocier,
«favoriser [...] dans vos rôles du mois», la charge des quartiers d'hiver et des
passages de troupes.
Les sauvegardes militaires constituent le coeur de cet ouvrage. Sur les
frontières du nord-est, et durant le conflit, elles s'érigèrent comme l'outil d'une
régulation endogène de la violence : les gouverneurs de places les levaient en
toute indépendance sur les territoires espagnols ; les provinces, les villes voire les
villages, d'eux-mêmes, les négociaient avec les pouvoirs ennemis. Une inattendue
division de la souveraineté se fit ainsi jour. Jointe à l'infinie négociation des
décisions royales, elle questionne à nouveau la construction de l'absolutisme.
Par l'intégration étroite des champs militaires et urbains, par les abords micro-historiques
et les éclairages multiscalaires reliant l'échelle locale aux lieux de
pouvoirs nationaux et internationaux, et du point de vue d'une ville placée à
la pointe de l'effort militaire du royaume, Metz, conquise (1552) puis intégrée
(1648) à la France, ce texte, de Louis XIII à Louis XIV, de Richelieu à Mazarin,
ambitionne d'articuler ces étranges pratiques du politique et de la guerre.