Histoire médiévale et archéologie, n° 22. De l'ermitage à la seigneurie : l'espace économique et social de Grandmont, XIIe-XVIIIe siècles

L'ordre de Grandmont est fondé dans le diocèse de Limoges autour de la mémoire de
l'ermite Étienne de Muret ; l'ordre s'installe à Grandmont, à une lieue du premier ermitage.
Il est connu pour sa règle rigoureuse où les clercs sont soumis aux laïcs. Cette
vision reflète-elle la réalité ? Les Grandmontains ont-ils pu réconcilier leur souci
d'humilité avec les protections royales et l'expansion du XIII<sup>e</sup> siècle ? La réponse à
ces questions se trouve dans l'exploitation d'archives jusque-là ignorées. Pour la première
fois, une réflexion sur la longue durée permet de découvrir l'ordre de Grandmont
dans son rapport avec son environnement laïc ou ecclésiastique.
La première partie situe le cadre géographique, politique et religieux. L'arrière-fond
est la Marche et les domaines Plantagenêt. L'étude montre le mécanisme du succès
de Grandmont, entre la recherche de la solitude et les enjeux de pouvoirs. En s'appuyant
sur la règle, très vite obsolète, la démonstration s'intéresse à l'histoire de
l'adaptation réussie de l'érémitisme au cénobitisme. Entre des tentatives de réforme
monastique au XV<sup>e</sup> puis au XVII<sup>e</sup> siècles, la vie de l'abbaye oscille d'un XV<sup>e</sup> siècle
plutôt favorable malgré la commende, aux difficultés pendant les guerres de religion,
aux conflits internes et au déclin du XVIII<sup>e</sup> siècle. (L'ordre est supprimé en 1772).
La deuxième partie consacrée au temporel et à sa gestion met en valeur la stratégie
d'implantation des Grandmontains qui ne se satisfont pas des terres à seigle mais
étendent leurs domaines vers les terres à froment, les vignobles, les marais salants et
les villes grâce à la protection Plantagenêt. En dépit de l'incurie des gestionnaires de
la fin du Moyen Âge, l'observation du terrier de 1496, révèle la permanence des structures.
À l'époque moderne, les Grandmontains profitent de l'endettement des tenanciers
pour renforcer leurs revenus agricoles et surtout l'élevage, base de la richesse
de l'Ordre.
La troisième partie s'attache à la description d'une seigneurie ecclésiastique qui maintient
les cadres juridiques d'une seigneurie laïque jusqu'à la mort du dernier abbé en
1787. Cependant, en contrepoint de leur droit de justice et des prélèvements seigneuriaux,
les Grandmontains jouent un rôle d'assistance qui se perpétue jusqu'à
l'époque moderne.
Ce travail, adaptation d'une thèse de 3<sup>e</sup> cycle, permet de disposer d'une vision d'ensemble
de Grandmont, ses crises et ses réussites pendant plus de 700 ans. En privilégiant
les aspects sociaux et économiques, il pose la question de la grille de lecture
d'un ordre religieux.