Sociétés contemporaines, n° 49-50. L'espace, les sociologues et les géographes

Les relations entre géographie et sociologie, toutes
deux disciplines d'enseignement et de recherches universitaires,
n'ont guère été sereines dès leur introduction dans
l'enseignement supérieur français, c'est-à-dire à la fin
du XIX<sup>e</sup> siècle, et ne le sont guère devenues depuis lors.
Ce dossier voudrait contribuer à une généalogie de ces
champs de la connaissance portant sur les espaces ruraux
et urbains. Cette généalogie porte en particulier sur les
relations entre les processus d'institutionnalisation de ces
champs au sein des instances académiques, la demande
sociale qui la constitue, au moins en partie, et les contextes
socio-politiques de leur émergence.
L'ensemble des textes proposés dans ce dossier indique
combien les limites disciplinaires peuvent être flexibles en
sciences sociales, voire entre sciences de la vie et sciences
sociales. Les comparaisons entre périodes et entre pays
amènent à relativiser sensiblement la force d'«identités
disciplinaires» affirmées, plus que confirmées. Dans
la seconde moitié du XIX<sup>e</sup> siècle, ni la sociologie, ni la
géographie n'ont les frontières que nous leur connaissons
aujourd'hui et les formes de production scientifique
sont aussi très différentes alors. L'éclatement et la fragmentation
disciplinaires, souvent déplorés aujourd'hui,
contrastent avec l'ouverture extrême des différents champs
de connaissance de la société lors de la constitution des
sciences sociales à la fin du XIX<sup>e</sup> siècle.