Mouvement social (Le), n° 238. Lucien Febvre : conférences inédites sur le syndicalisme

Un dossier manuscrit de conférences sur le syndicalisme
français, préparées entre l'été 1919 et
l'été 1920, était conservé dans l'appartement de
Lucien Febvre. Grâce à son fils Henri Febvre,
ce numéro offre une édition critique de ces textes où se reflète la sensibilité
du jeune historien, à peine démobilisé, au mouvement social contemporain.
Pour lui, les positions du syndicalisme révolutionnaire français
expriment la conscience d'une classe qui entend obtenir elle-même son
émancipation. Elles reflètent l'irréductibilité de la condition ouvrière, les
spécificités de formes d'organisation, d'une pratique d'action et d'une
expérience de l'histoire. La revendication d'autonomie de la CGT par
rapport au Parti socialiste est le signe de la concurrence plutôt que de la
complémentarité entre deux conceptions de la révolution : quand l'une
passe par la mainmise sur l'État central, l'autre suppose de créer ici et
maintenant, dans la société capitaliste, l'embryon de la société future.
En contrepoint, de jeunes chercheurs réfléchissent sur la façon dont
des institutions diverses, voire concurrentes, ont pu faire des efforts
convergents pour plier aux nécessités du contrôle social des pratiques
urbaines caractérisées par la mobilité : le commerce ambulant à Bruxelles
au XIX<sup>e</sup> siècle étudié par Anneke Geyzen, la sociabilité observée par
Julien Sorez autour de la pratique du football en région parisienne dans
l'entre-deux-guerres.
La publication d'un important inédit de Lucien Febvre est aussi l'occasion
de nourrir notre rubrique «Controverse». François Buton et Raphaëlle
Branche dialoguent sur les problèmes de sources et de méthode que pose
la démonstration de l'activation d'imaginaires collectifs anciens, dont
l'historienne a voulu étudier les ressorts dans son livre L'embuscade de
Palestro, Algérie 1956.