Pouvoir russe et noblesse polonaise en Ukraine : 1793-1830

Ce livre, basé sur des archives inédites, retrace la manière dont les Polonais
réagirent au conseil de Jean-Jacques Rousseau, en 1771, dans ses
Considérations sur le Gouvernement de Pologne : «Vous ne sauriez éviter qu'ils
ne vous dévorent, mais faites au moins qu'ils ne vous digèrent.» Il montre
aussi comment les Russes le contrèrent.
Les provinces annexées par Catherine II en 1793-1795 étaient peuplées de
serfs ruthènes, mais toute l'économie et l'administration locales restèrent
polonaises et nobiliaires. L'énormité du butin à intégrer à l'empire était telle
que l'on se contenta, surtout avant 1830, d'élaborer une théorie de
l'assimilation.
En centrant son analyse sur trois provinces ukrainiennes, Daniel Beauvois
rappelle la nature de la «nation nobiliaire» polonaise, les origines de sa
stratification interne, si différente de la noblesse russe. Il met l'accent sur
la difficile absorption d'une population libre, mais sans terre, donc
inassimilable à la noblesse d'empire. Les solutions envisagées allaient
de la déportation massive à l'embrigadement massif dans l'armée.
La noblesse terrienne polonaise, bien qu'admise à élire ses représentants de
province, ne cessa de regarder du côté du Duché de Varsovie, puis du
Royaume, créé en 1815, dont les constitutions faisaient naître des espoirs
toujours déçus. Même le système scolaire très ouvert, mis en place en 1802,
se referma et ne permit pas l'aggiornamento de la noblesse en intelligentsia.
Pour l'élite de l'empire, montrée ici dans tous ses rouages, la mixtion fut
impossible. Seule l'insurrection de 1830 fournit un motif pour aller plus loin.