Libres cahiers pour la psychanalyse, n° 24. Grandeur et solitude du moi

Psychologie des masses et analyse du moi est publié en 1921.
Depuis plus de vingt ans, Freud poursuit obstinément son
exploration du monde psychique, on pourrait donc penser qu'il
n'a plus rien d'essentiel à découvrir. Et cependant l'idée qui
surgit alors à sa plus grande surprise est que le moi, dont
l'évidence s'impose au sens commun, un moi si majestueux
dans son auto-affirmation, relève du rassemblement précaire
d'instances aux origines multiples, qui entretiennent avec la
conscience des rapports ambigus : le moi de la perception est
proche de la réalité ; celui construit par les identifications aux
objets oedipiens demeure inconscient ; le moi idéal est l'héritier
de l'omnipotence infantile ; le surmoi commémore pour
l'éternité l'autorité parentale...
Entre ces instances, qui revendiquent toutes de parler à la
première personne, l'harmonie règne rarement et ce sont bien
plus souvent l'angoisse et la culpabilité qui menacent son
devoir d'intégrité. Le détour par l'étude des foules révèle que
le moi n'échappe ni à l'éparpillement ni à la psychologie des
masses : il atteste ainsi de la bigarrure de la psyché humaine à
laquelle la psychanalyse demeure tant attachée.