Les démons crachés de l'autre république

Entre 1993 et 2002, le Congo-Brazzaville a connu des guerres politiques
très meurtrières : plusieurs milliers de personnes tuées et plusieurs
centaines d'autres portées disparues. Mais, en fin de compte, les éléments
de la force publique, les miliciens des partis politiques et leurs leaders qui
ont organisé cette série de guerres et d'enlèvements ne savent pas pourquoi
ils se sont battus.
Dans ce roman, très provocant, l'auteur enfonce ses doigts dans la
gorge de ceux que les Congolais accusent unanimement d'être responsables
de toutes ces tueries et de toutes ces disparitions pour les pousser à
vomir la vérité. Il leur fait porter des os de crâne autour du cou pour qu'on
les reconnaisse facilement dans leur pays et à l'étranger.
Il leur colle sur le front et le dos une hypothèse pour les pousser à
délier leur langue. Il les accuse d'utiliser le sang humain pour faire marcher,
comme le carburant dans les moteurs, leur pouvoir moribond. Il les
accuse d'avoir mangé de la chair humaine au cours de leurs initiations à la
magie pour les pousser à rompre leur silence obscène et coupable. Il les
accuse d'avoir utilisé des ossements humains à la place de bougies et de
bois de chauffage, au cours de leurs cultes religieux, pour les pousser à se
confesser. Néanmoins, si ce roman ne réussissait pas à faire vomir les responsables
des crimes contre l'humanité qui ont eu lieu au Congo ou à
délier leur langue, il va, sans doute, être un caillou dans leur chaussure.
Ainsi Serge Armand Zanzala veut se démarquer de la logique du sang
utilisée par les politiciens de son pays dans la prise et la conservation du
pouvoir.