L'infibulation en milieu somali et en Nubie : crime contre la femme ? perfectionnement de la forme féminine ?

Ce livre aborde sans a priori un sujet controversé : les mutilations génitales
féminines en Afrique. Conjuguant l'ethnographie, l'analyse culturelle, l'anthropologie
comparative et intégrant des données linguistiques et historiques, il porte
avant tout sur l'infibulation, la forme la plus «cruelle» de mutilation génitale
féminine. Aucun des aspects de la question n'est négligé, qu'il s'agisse des effets
sur la vie reproductive, des répercussions psychologiques ou des différentes tentatives
de théorisation de ce qu'on a aussi appelé la «circoncision pharaonique».
En Occident, l'infibulation passe pour un crime contre la femme. Ce jugement
expéditif va à l'encontre de l'expérience des femmes somali et autres. Ces
dernières sont en effet porteuses du mystère de cette pratique qui faisait partie des
choses auxquelles on croyait, qu'on faisait et dont on parlait peu. Les représentations
masculines s'écartent d'ailleurs assez de ce qu'en disent les femmes. Comme
cette pratique ancienne relève de l'univers séparé des femmes, il vaut mieux se
fier à leurs intuitions. On constate ainsi qu'infibulation rime avec fécondité.
Sans la conviction d'un gain de fertilité, jamais des générations de femmes ne se
seraient infligé de tels tourments. La mise en évidence et l'élucidation des liens
culturellement établis dans la Corne de l'Afrique entre infibulation et fécondité
constituent le coeur de cet ouvrage. Cet effort d'explication scientifique devrait
faciliter le travail social de démystification dans les communautés concernées.