Des fleurs à l'encre violette

Deux familles que rien ne prédisposait à se rencontrer - l'une notable
et traditionaliste, l'autre modeste et progressiste - s'unissent par
le mariage de leurs enfants Rose-Victoire Dieudonnée et Aimé
Delhuis. Leurs deux fils, Victor et Clément, suivront, à l'image de
leurs aïeuls, deux trajectoires opposées. Tandis que Victor épouse
une aristocrate et s'éloigne des siens, Clément entre à l'école normale
et épouse Mathilde, institutrice. Deux engagements différents qui
divisent une fois de plus la famille...
Si seulement dans ton école tu pouvais faire
que... ça change !
- Ça y est, maman ! J'ai réussi mon concours.
Le fils prit sa mère par la taille, la serra si fort contre lui qu'elle
craignit être coupée en deux. Il respira un grand coup, dit très
lentement, la voix frémissante d'émotion et de fierté :
- Je suis admis à l'École normale d'instituteurs.
Il fourra le museau dans le cou de sa mère, la respira à pleins
poumons. Elle sentait bon l'air frais de la prairie, la sueur de
femme, et la graisse de machine. Il posa ses lèvres dans le cou
offert, lui offrit un long baiser silencieux.
À l'écoute seule des battements de leurs coeurs à l'unisson, ils
n'entendirent même pas le deuxième coup de corne qui demandait
l'ouverture des portes.
Rose-Victoire voulut à son tour serrer fort son fils contre elle.
Le cartable l'en empêcha. Elle en ressentit un pincement dans
la poitrine. En un éclair, elle eut la certitude que son amour de
l'école allait le séparer d'elle. Elle étouffa un sanglot, murmura :
- Je te félicite, mon fils. Je suis fière de toi... très fière !
Elle allait se détacher de lui, marcher vers les portes à ouvrir, lui
glissa à l'oreille :
- Je t'aime .