Knockemstiff

Knockemstiff - littéralement «étale les raides» - existe
vraiment. Ce n'est pas la moindre bizarrerie de ce premier
livre de Donald Ray Pollock. En référence aux classiques de
Sherwood Anderson, les histoires racontées ici sont toutes liées
à ce bourg. Mais les turpitudes et les hypocrisies individuelles
de Winesburg, Ohio, sur lesquelles écrivait Anderson en 1919,
paraissent soudain bien pâles devant les visées de tante Joan sur un
paumé défoncé à la Bactine, devant Daniel, le violeur de poupées,
ou encore devant la Fish Stick Girl, qui serait le meilleur plan de
la région, si elle n'avait pas la manie de trimballer des beignets de
poisson pané au fond de son sac. Plus encore que les camionneurs
speedés, les fondus de la fonte ou les papys Alzheimer qui peuplent
Knockemstiff, c'est l'humanité atrocement comique de ces
personnages qui dérange. Donald Ray Pollock est assurément la
voix la plus singulière et la plus exaltante de la nouvelle littérature
américaine depuis Larry Brown ou Chuck Palahniuk (lui-même
fan de Pollock). Certaines de ses histoires tachent comme le péché
ou le mauvais vin, et vous collent à la peau, même après plusieurs
douches.
Philippe Garnier