Les mobilisations de chômeurs en France : problématiques d'alliance et alliances problématiques

Contrairement à une idée longtemps admise, les mobilisations
de chômeurs sont un phénomène récurrent. Du XIX<sup>e</sup> siècle
à l'épisode des «recalculés» en 2004, en passant par les marches
de l'entre-deux-guerres et le mouvement de l'hiver 1997-1998,
les sans-emploi s'organisent et protestent, notamment en
France. Les chômeurs forment cependant un «groupe à faibles
ressources», dont la mobilisation dépend, plus que pour d'autres
groupes, de facteurs et d'une configuration socio-politiques
d'ensemble sur lesquels ils n'ont guère prise.
De ce point de vue, l'aptitude des chômeurs à s'engager
collectivement, à faire cause commune avec des militants
venus d'horizons très divers et à agir de concert avec d'autres
organisations est à la fois cruciale et jusqu'ici peu étudiée de
manière spécifique. C'est à l'examen de ces alliances et des
questions qu'elles soulèvent qu'invite cet ouvrage collectif.
Cette réflexion interroge à la fois la capacité du mouvement
à s'ouvrir sur d'autres formes de mobilisations, mais également
son degré de cohérence propre, tant il est vrai que les
organisations de chômeurs connaissent en interne des divisions
importantes. Les huit contributions réunies ici analysent
ainsi de façon détaillée et approfondie la place qu'occupent
les chômeurs dans l'espace des mouvements sociaux et leur
hétérogénéité constitutive, aussi bien au niveau national que
local.
À l'heure où la France, comme la plupart des pays européens,
connaît une crise économique et sociale majeure, il est de plus
en plus urgent d'être attentif au rôle que les chômeurs jouent
dans les luttes.