Réflexions sur l'univers homosocial dans Splendid's de Jean Genet : l'homme divisé

La notion d'homosocialité employée depuis plus d'une décennie par les socio-anthropologues dans leurs analyses du masculin et de la masculinité (Bech, Hekma, Kosofsky-Sedgwick, Walzer-Lang) rend compte avec nuance et pertinence du système de relations encodant les rôles des huit hommes de Spendid's.
Les comportements homosensuels du policier ou de Bob, les fantasmes homoérotiques de Pierrot ou les désirs homosexuels de Bravo, entrent dans la logique de la lutte homosociale, selon laquelle chaque homme vise à se montrer toujours le plus fort et le plus viril. Sur le ring de l'homosocialité, l'identité masculine est en effet assurée par la conviction de chacun des hommes en présence qu'il est plus digne d'être homme que les autres et que les autres le sont moins que lui.
Nous voudrions montrer dans cette étude que c'est dans les rivalités et les défis continuels des hommes entre eux que se manifestent non seulement la contrariété entre le masculin de l'homme et le féminin de la femme, mais aussi la contradiction entre le masculin et le féminin en l'homme lui-même. Si Mademoiselle, même absente, est la mesure de la virilité des hommes de Splendid's, nous montrerons que Bravo est, lui, la jauge de leur féminité.