Que ma lame soit mortelle

Toujours aussi calme, l'homme retira de son sac à dos une
pomme puis un cran d'arrêt de sa poche de jeans. Il appuya sur le
bouton de sécurité situé à l'avant du manche en corne du couteau,
une lame jaillit hors de sa gaine, longue, tranchante comme un rasoir.
Orgueilleuse de sa beauté terrifiante, on pouvait lire gravé
« Que ma lame soit mortelle ». C'était une gravure qui remontait
paraît-il au milieu du XIIIe siècle, lorsque les Français, sous le
règne de Charles d'Anjou occupaient la Sicile, et ironie tragique,
elles servirent beaucoup ces lames lors des vêpres miliciennes au
début de l'année 1282 pour le massacre de près de deux mille
Français.
Carlo Bonatti se déplaçait vite, comme un fauve vers ce pourquoi
Dieu l'avait créé sans doute, il allait vers le destin des autres
et peut-être le sien.