Villa Quolibet

«Cette maison, vous allez y être comme un coq en
pâte, monsieur Bléchard, pour peu que vous soyez un
tant soit peu bricoleur !»
Le notaire me scrutait, goguenard. Comment savait-il
que je n'avais pas le pouce opposable aux autres doigts,
ce gougnafier ? Mon père lui avait-il confié naguère
l'étendue de mon incompétence manuelle ?
J'entre à reculons dans cet héritage empoisonné.
Ce legs ne tarde pas à se transformer en chemin de
croix. Cette villa de toutes les brouilles, de toutes les
disputes, bâtie en méchante meulière aux confins de
la banlieue parisienne sud, louche vers un sinistre
champ de manoeuvre où sept ouvriers mercenaires du
bâtiment vont s'affronter dans la poussière. Le chantier
devient un enfer pavé de plâtras et de détritus.
Intempéries, carences et déprédations en tous genres
se succèdent. Les retards s'accumulent. Réfugié sur
un échafaudage précaire, j'essaye de poursuivre mes
activités calligraphiques de moine copiste au milieu de
tout ce grabuge forcené. Jusqu'au jour où la silhouette
ardente de Lilith se faufile entre les gravats...
Désemparé, atrabilaire, solitaire, le narrateur de ce
roman est un vieil enfant réfuté par l'âge. Un festin
d'humour noir avec un zeste de tendresse.