La muse lascive : anthologie de la poésie érotique et pornographique française (1560-1660)

Un jour d'avril 1623, le poète Théophile de Viau est arrêté,
jeté à la Conciergerie, puis condamné au bûcher. On lui
reproche un sonnet obscène, «Phyllis, tout est foutu...». La
syphilis et ses effets morbides, le plaisir solitaire, l'invocation
divine mêlée à la luxure, la sodomie : le fringant jeune homme
n'y était pas allé de main morte ! La justice civile et le pouvoir
ecclésiastique se sont unis pour frapper fort et, par ce procès
exemplaire, mettre fin à la vague de pornographie qui, depuis
1600, envahit les étals des libraires.
La poésie érotique avait prospéré au XVI<sup>e</sup> siècle, mais,
hédoniste et joyeuse, elle ne cherchait pas le scandale. Faire
l'amour, pour Ronsard et ses contemporains, c'est participer
à la vie du cosmos et tenir son rôle dans le grand jeu de la
sexualité universelle. L'attrait du nu, la volupté des corps inspirent
des vers qui, sans honte, célèbrent le plaisir des sens. Si
le ton monte, au tournant du siècle, et fait basculer Éros dans
la provocation, c'est que la discipline religieuse et morale s'est
renforcée - on est alors en pleine Contre-Réforme - et que les
esprits libres répondent à l'intimidation par la bravade. Ouvertement
avant le procès de Théophile, clandestinement après,
des poètes sulfureux évoquent des figures louches et des pratiques
interdites, explorent tous les registres de l'abjection et
descendent dans l'enfer du sexe, sur un ton qui, tantôt drôle,
tantôt lugubre, est toujours polémique.
À travers cent soixante-quinze poèmes d'auteurs le plus
souvent mal connus, ou demeurés anonymes, cette anthologie,
organisée par thèmes, entraîne le lecteur de l'épanouissement
à la transgression, de l'érotisme à la pornographie.