Les herbes de safran

J'ai toujours dans les petits et grands voyages un carnet avec moi. J'y note une
impression, un paysage, une sensation issus du lieu où je suis. C'est à la fois
une manière de me poser, de capter une parcelle de temps, de me retrouver
dans mon univers d'écriture. J'écris cela dans un café, sur un banc, dans le
train ou dans l'avion, ou parfois dans ma voiture garée au bord de la route, ou
encore dans la chambre d'hôtel. J'aime ces moments-là et parfois je les
recherche lors des salons du livre, des rencontres dans les médiathèques. Je ne
veux pas oublier ces instants qui témoignent pourtant du fugitif. J'avais publié
mes précédents carnets dans «La poésie, ce roman» et l'accueil fait à ce
recueil m'a encouragé. Bien sûr parfois dans des voyages plus lointains et plus
longs, tous mes sens étant en éveil, le résultat est plus conséquent (l'Egypte, le
Mexique, le Maroc, les Canaries etc...). Voici donc des textes écrits de 2008 à
2010 qui témoignent des lieux traversés et aussi aimés.
Michel Cosem
Michel Cosem poursuit sa quête de ce que l'on pourrait appeler une forme de
"géographie poétique". A travers ses pérégrinations il nous livre couleurs,
odeurs, sonorités, quintessences... Son verbe épouse soigneusement le contour
des éléments, le creuse et nous le restitue à travers ses propres profondeurs. Il
est le Témoin mais aussi celui qui interroge : "D'où monte cette plainte ébahie
qui fait trembler l'âme des vivants ?" ou encore "Pourquoi ai-je tant de mal
avec les souvenirs ?". Nous ne nous lasserons jamais de ces voyages au long
cours - voyages où l'extérieur rencontre l'intérieur, fusionne avec lui, alchimie
subtile que les mots de l'auteur nous restituent dans leur Vie pleine et entière.
Silvaine Arabo
Les Saintes Maries le sait-on, dorment au bord d'un étang. Elles sont sableuses,
transparentes, presque blanches dans la lumière claire qui agite la folle avoine.
L'air sent l'anis, les chevaux et les tamaris. On peut s'amuser avec gravité avec
toutes les paroles lancées vers le ciel. Tout est libre à l'instant. Des oies
sauvages buveuses de vent et de liberté passent d'un seul trait en quête de
paradis. Les flamants sont seuls au bout d'un chemin boueux à plonger leurs
têtes dans un reflet. Les Saintes Maries... le sait-on, dorment au bord de l'étang.
Michel Cosem, in Les Herbes de safran
(Saintes-Maries-de-la-Mer, Bouches-du-Rhône)