Les propriétaires. I proprietari. Die Besitzer. The owners : Bazile-Manzoni

Les propriétaires. I proprietari. Die Besitzer. The owners : Bazile-Manzoni

Les propriétaires. I proprietari. Die Besitzer. The owners : Bazile-Manzoni
2004143 pagesISBN 9782905985668
Format: BrochéLangue : Italien

Les oeuvres de l'artiste italien Piero Manzoni sont exposées

dans les plus grands musées du monde.

Pour les critiques, il est l'un des plus grands, à l'égal de Marcel

Duchamp.

Pour de nombreux artistes, il est une figure de la rupture.

Pour les marchands, il est une valeur sûre.

Pour les collectionneurs, il fait partie des incontournables.

Dans les écoles d'art, Manzoni est un classique.

En 1961, il crée les 90 Merda d'artista , boîtes de conserves

contenant 30 grammes de ses propres excréments destinées à

être vendues au prix de 30 grammes d'or au cours du jour.

L'existence même des Merda d'artista est une limite que la

société a traitée comme telle : quand une de ces boîtes a

été exposée en 1961 dans une galerie nationale en Italie, la

polémique est allée jusqu'au Parlement italien. Dino Buzzatti

défendit Piero Manzoni dans des affrontements qui eurent lieu

par journaux interposés.

De quelle façon cela est-il de l'art ? Qui décide de l'existence

d'une oeuvre d'art ? A partir de quel moment un objet devient-il

une oeuvre ?

Comme pour beaucoup d'artistes, la gloire de Piero Manzoni

est bien plus grande mort que vivant.

Retracer le trajet des Merda d'artista dans le temps et

l'espace-le prix, les différents propriétaires, c'est mesurer la

reconnaissance accordée à l'artiste.

Le monde de l'art contemporain, comme tous les milieux, ceux

de la mode, de la musique, du cinéma, du sport, ceux des

spécialistes, comporte son propre système de valeurs, ignoré

du grand public, ou incompréhensible du fait de l'inconscience

des règles et valeurs qui constituent ce système.

Nous prétendons que ces règles sont les mêmes que celles qui

organisent notre société de façon à autoriser des échanges,

se réaliser et exister, entretenir un rapport avec le monde et

le temps.

Rechercher les relations entre les propriétaires, mettre en

évidence l'établissement des valeurs, la nature de leur rapport

avec l'objet possédé.

C'est le propos de notre oeuvre.

Depuis sa création, cette série a été disséminée dans le

monde entier. Aujourd'hui, la valeur d'une boîte est d'environ

30 500 Euros (environ 200 000 FF, 25 à 35 000 US$).

Parmi les propriétaires de ces boîtes, des institutions

nationales, des artistes, des collectionneurs, des marchands.

La Merda d'artista est une oeuvre à laquelle il nous est

impossible d'accrocher une valeur formelle : la taille de l'objet,

la banalité de son enveloppe, de ses couleurs...

Pour une personne non informée, sans connaissances, c'est le

rire, la colère, ou un symbole de la décadence.

Dans le monde de l'Art, c'est un must.

D'où vient cette différence de jugement de «goût» ?

Posséder une oeuvre d'Art, c'est vouloir entretenir un rapport

avec elle, l'artiste, le vendeur, son époque...

Chaque propriétaire entretient avec sa Merda d'artista un

rapport particulier :

- Quel a été le trajet de l'oeuvre ?

- Dans quelles conditions l'a-t-il acquise ?

- Qui la lui a cédée ?

- A quel prix ?

- Quand ?

- Où cette oeuvre est-elle entreposée ?

- Quels sens donne-t-il à sa possession ?

- Comment est-elle exposée au public ?

- Dans quel but ?

S'intéresser à ces propriétaires, c'est traverser le monde

de l'art, c'est faire le tour du monde en 90 boîtes : un grand

nombre de pays est concerné - Italie, France, USA, Japon,

Suisse, Corée... -, tous les acteurs du monde de l'Art, ses

mécanismes, ses valeurs, ses circuits.

Valeur commerciale et valeur artistique

Au début, ce n'est qu'un assemblage de métal, de papier et

d'excréments humains. Puis, en quarante ans, cet assemblage

devient une oeuvre d'art, avec une valeur commerciale, une

valeur artistique et elle génère les discours enflammés les plus

variés. Le film s'intéresse aux mécanismes de ces valorisations,

aux points d'appuis sur lesquels la société applique le levier

qui transforme la valeur des objets.

La valeur commerciale

A part la cote de l'artiste, un exemple de mécanisme est

le processus qui consiste à prendre un objet et à l'assurer.

La prime dépend alors de la valeur de l'objet, et une fois

la prime payée, la valeur de l'objet est fixée par le contrat

de l'assurance. Un autre exemple : un peintre vend ses

oeuvres aux enchères, avec une valeur de départ, fixée par le

commissaire-priseur et le peintre. La valeur de l'enchère finale

crée la plus-value sur l'oeuvre. Et le nom du propriétaire devient

aussi un élément de la valeur commerciale.

La valeur artistique

A part la sensation intime du spectateur et son rapport avec

l'objet, l'oeuvre est au centre d'une conversation entre un

artiste, un galeriste et un critique d'art.

La valeur artistique de l'oeuvre dépend de la force de la

conviction des personnes impliquées dans la conversation. Le

trajet de l'oeuvre est très dépendant de cet échange. La valeur

artistique de l'oeuvre se mesure - en dehors de tout marché

- à la présence de cette oeuvre dans diverses publications, à

son exposition dans des lieux plus ou moins valorisants. Et donc

l'exposant (publication, musée, galerie) devient un élément de

la valeur artistique.

C'est le rassemblement de ces deux valeurs qui installe l'objet

dans sa position d'oeuvre dans la société.

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