La porte des anges : Guillaume Apollinaire

«Naître en littérature» : que signifie donc cette assertion et que recouvre-t-elle ?
Qu'induit-elle dans l'oeuvre même en gestation, dans son accomplissement sans fin
dont on pressent l'origine sans jamais toutefois la cerner avec lucidité ? L'écrivain qui
se constitue ainsi, se distinguant patiemment de l'homme qu'il demeure dans une «autre
vie», prend-il une place dévolue à sa nouvelle existence ou n'est-il qu'une illustration
de plus de cet «Autre» infiniment recherché ?
La personnalité et l'oeuvre de Guillaume Apollinaire sont ici évoquées afin de tenter de
cerner ce qui constitue les origines d'une oeuvre littéraire et ce qui en forme les limons
encore visibles au creux d'une écriture, dans les plis et les déliés d'un poème ou d'une
phrase. Wilhelm Apollinaris de Kostrowitzky engendre Guillaume Apollinaire, être de
chair et d'encre, mais qu'est-ce qui se trame entre ces deux identités, entre ces deux
images d'une psyché renouvelée, dissociée et toujours en souffrance ?
À travers l'étude de La Porte et une mise en perspective de la personnalité littéraire de
Guillaume Apollinaire l'auteur entend montrer qu'un dialogue fécond se noue entre ces
deux êtres, dialogue animé de dissociations, de rencontres, de tourments et de souffrance
dont l'oeuvre poétique contient, en écho, de nombreuses traces. Il s'agit ici, bien plus
que ces laisses littéraires dont on devine la marque sur le sable des pages, d'une naissance
éternellement recommencée, celle qui hante les jours et les nuits de l'écriture poétique.