Lettres d'Elseneur. Florilège pour Ophélie

Je vous épelle, lointaine comme une encre effacée ; je dicte à l'horizon une île de voyelles. La mort écrit dans mon dos. Vous dormez entre deux eaux, toute flamme bue, le front offert aux étoiles.
Au chevet notre lampe enchantait une voûte obscure. Vous cherchiez des yeux le premier bleu de
l'aube, je touchais au ventre de la nuit, au delta, à
vos féeries secrètes - tandis qu'à mots couverts
l'onde psalmodiait un double poème sous nos vies
entrelacées.
Voici une poésie de ferveur et d'inquiétude, de source et
d'étang, d'eaux primordiales, une poésie affûtée au tranchant de l'absence et pourtant charnelle, liquide, brûlante,
une poésie ou « l'attente du silence » se transmue insensiblement en silence de l'Attente (la pure, celle qui n'a plus
d'objet) .
Jean-Louis Bernard revue Pages insulaires n° 1