Le pouvoir et ses écritures

Dans la réflexion sur les relations entre l'art et la réalité, la
question des écritures du pouvoir se situe à un point de croisement
fécond. C'est du pouvoir politique qu'il s'agit principalement
dans ce volume, dans l'appréciation des oeuvres qu'il
suscite. Apparaissent des hommes qui exercent le pouvoir et
qui prennent la plume, décrivent leur situation, leur condition,
leurs fonctions. Certains sont des créateurs avant d'avoir eu
une situation politique. Quelle relation leur oeuvre entretient-elle
avec leur action ? Viennent aussi et surtout les hommes
de l'art qui s'intéressent au pouvoir. Comment représentent-ils
cette position dominante de personnages de premier plan,
voire de personnages collectifs, de groupes au pouvoir ou
de masses ? Comment la création rend-elle compte, non pas
seulement de la figure du grand homme, mais de la forme du
pouvoir, de la configuration de son exercice ? Quelle est la
nature de l'engagement de l'artiste, si tant est que l'écriture
en suppose un ?
D'une position à l'autre, de celle de l'homme politique à celle
de l'artiste, et inversement, se révèlent en effet des interactions,
s'illustrent des fonctions particulières de la littérature et
des arts, des corollaires nécessaires à l'exercice du pouvoir ou
une part même de cet exercice. Pour approcher de ces interférences,
le champ d'investigation qu'adopte ce volume est
large, de l'Antiquité à l'époque contemporaine, sans limitation
géographique, avec un croisement des approches disciplinaires,
ce qui permet de relativiser, de percevoir des continuités
sur la longue durée, d'établir de fécondes comparaisons.
Le fil qui est suivi est celui qui transversalement infléchit une
certaine idée du pouvoir. D'abord, les visions et les positions
euphorisées, idéalisation du prince dans le conseil ou
dans son éducation, célébrations du pouvoir, pour atteindre
à ces situations stables ou moins stables de l'écriture dans
l'exercice du pouvoir. Puis, les visions contrastées ou même
ambiguës du pouvoir, et, plus appuyées, les critiques et les
contestations, avant que n'arrive l'oscillation ou le choix clair
entre l'emprise et la déprise. De là, enfin, des contre-pouvoirs
ou d'autres pouvoirs peuvent surgir sur des horizons de fuite.