Ethique sans visage : le problème des effets externes

Il arrive que nous fassions du bien ou du mal à ceux
avec qui nous vivons. Mais il arrive aussi que nous
fassions certaines choses qui se révèlent faire du
bien ou du mal à d'autres gens, plus ou moins
éloignés de nous dans l'espace et dans le temps,
dont le visage et la vie nous sont inconnus. Ces
biens et ces maux, qui sont des effets collatéraux
ou externes de nos actions, supportent-ils un
traitement moral comparable à celui que
nous réservons aux biens et aux maux que nous
faisons délibérément aux autres ? L'éthique
traditionnelle des interactions de face à face peut-elle
s'appliquer sans injustice aux interactions
collatérales ou externes ? Le mélange d'innocence
et de responsabilité qui est caractéristique des
nuisances comme des bienfaits externes ne
plaide-t-il pour l'élaboration d'une éthique des
externalités, une éthique faite pour la vie dans
la Grande société, une éthique qui ne fasse
plus systématiquement payer les pollueurs, mais
aussi, et peut-être d'abord, les pollués ?