Transe, Dostoïevski, Russie ou La philosophie de la hache

Transe, Dostoïevski, Russie ou La philosophie de la hache

Transe, Dostoïevski, Russie ou La philosophie de la hache
Éditeur: Age d'homme
2014133 pagesISBN 9782825143353
Format: BrochéLangue : Français

«Quelqu'un a dit, en polonais sans doute, ne pas pouvoir supporter Dostoïevski

à cause de son "hystérie slave". Je partage cette réserve, en particulier quand

j'ai à extraire de bûchers ardents les braises de sa pensée, quand j'ai à couvrir

l'âme blessée de l'écrivain de mon frac élimé de penseur. Des frissons me parcourent

l'échine. Mieux vaudrait prendre ses jambes à son cou, filer à lasnaïa

Poliana, la "Claire Clairière", et laisser les délices de la fréquentation de Dostoïevski

à des adolescents exaltés et de froids explorateurs de "l'âme russe".

Impossible, pourtant... Hors de Dostoïevski, point de salut. (...)

Raskol , scission, division, cassure, ou pour dire la chose historique, "Schisme".

Mais aussi fracas de la hache qui fend la bûche. Crâne fendu à la hache de la

vieille usurière. Icône brisée en deux planchettes. Raskolnikov... Pseudonyme

qui va à la plupart des héros et des héroïnes de Dostoïevski, et rend compte

d'une perte fondamentale de l'aptitude à saisir que la hache est plus faite pour

fendre le bois que le crâne des petites vieilles. (...)

Fiodor Mikhaïlovitch... Raskolnikov nous attire dans l'abîme que la langue russe

appelle aussi biezdna. Un "puits", voilà qui sonne comme un euphémisme. Acceptant

d'être précipités dans le monde du Raskol , nous risquons de nous enfoncer

dans un sans-fond. Bezdna bezdnu prizyvaet , dit la Bible russe pour rendre le

latin abyssus abyssum invocat. Dostoïevski nous ouvre la Russie. Ouvre ? ! Il fracasse

à la hache, à grand ahan, le couvercle séculaire du sans-fond.»

Cezary Wodzinski, extrait de l'introduction.

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