La judiciarisation des opérations militaires : Thémis et Athéna

La prolifération des sanctions pénales et la judiciarisation
accompagnent le recul du vouloir vivre ensemble et de l'intérêt
général, l'affaiblissement des institutions, la prédominance du court
terme. Cette situation rappelle la crise de la loi à Athènes aux V<sup>e</sup> et
IV<sup>e</sup> siècles : Jacqueline de Romilly a montré qu'elle a accompagné la
crise de la cité jusqu'à ce que Thémis, loi donnée aux hommes par
les dieux, s'efface devant Nomos, loi que les hommes se donnent
par la raison, la mesure et la démocratie.
L'«art de la guerre», domaine de l'extraordinaire, est régi par des
règles qui lui sont propres. Mais, comme l'oiseau de Brancusi, le
droit des conflits armés est désormais happé par le droit commun.
Depuis la Révolution, les armées sont à la fois l'outil de l'État
et l'incarnation de la Nation ; leurs traditions les inscrivent dans
l'Histoire. Le surgissement de la procédure pénale dans l'univers
des opérations, en particulier dans l'affaire d'Uzbin, révèle le
décalage entre les exigences de l'état militaire et celles de la
société civile contemporaine. Cet essai en examine les causes et
les conséquences. Athéna, déesse de la guerre et de la sagesse,
est entravée au nom de Thémis par les Heures, ses filles ; Eunomie,
Dicé et Eiréné, déesses de la législation, de la justice et de la paix,
qui scandent la vie ordinaire. L'ouvrage lance un cri d'alarme : en
accomplissant sa mission, le soldat ne devient-il pas un délinquant
professionnel ? et suggère de remédier à cette contradiction.