Ateliers, n° 41. Du choeur antique aux choralités contemporaines

Vsevolod Meyerhold avait sans doute vu juste lorsqu'il prédit il y a
un siècle, qu'un jour viendrait où le choeur réapparaîtrait sur scène :
on constate ces dernières années un très fort intérêt pour cette forme
théâtrale originelle. En quête de nouveaux moyens d'expression,
nombre d'artistes y recourent, de tous bords ; certains, même,
le placent au fondement de leur travail. Écriture, mise en scène,
chorégraphie, jeu, aucun domaine n'y échappe, plusieurs publications
récentes en témoignent. Ce volume réunit des études qui traitent la
question de façon originale sinon inattendue car elles abordent des
formes atypiques ou détournées du choeur (il s'agit notamment des
communications de la Journée d'étude «Du choeur antique aux
choralités contemporaines», Université de Lille 3, 13 mars 2008).
Elles tournent autour de deux pôles, le passé et l'ailleurs (lointain ou
proche : l'Antiquité et Claudel, la Grèce et le Japon), et le présent (en
France et ailleurs).
Ce n'est pas le choeur de la tragédie, mais celui de la comédie
antique d'Aristophane, si particulier car auto-référentiel, qui est étudié
dans deux contributions. Le choeur comique, avec pour fin la célébration
du poète, glissant du collectif à l'individuel, signa sa disparition, et ce
suicide de la comédie ancienne est à relier à la mort de la démocratie
athénienne.
Point de paradoxe : les corps invisibles, les êtres multiples et les
écritures corporelles des temps passés, que fait émerger l'acteur de
butô, convoquent de façon spectrale la forme chorale. Cette étude est
suivie d'une autre qui démontre comment, chez Claudel, la choralité
émane du public, grâce à divers jeux de mise en abyme qui dédoublent
l'échange entre la scène et la salle, et par là celui du monde terrestre
et céleste.
Quant au défi qu'est le choeur pour la scène contemporaine
européenne, il est abordé par trois études. Pour représenter celui,
atypique, des Bacchantes d'Euripide, en 1974, Klaus Michael Grüber le
mit en phase avec les mouvements artistiques essentiels du moment,
ouvrant sans doute ainsi une voie nouvelle à l'interprétation du drame
antique. Les deux décennies qui suivirent donnèrent naissance
en France à des collectifs d'artistes qui mobilisèrent leurs énergies
afin de créer un théâtre de solidarité et d'engagement collectif où, le
groupe étant privilégié par rapport à l'individu, la choralité prenait la
forme esthétique d'une révolte. Tandis que, pendant cette période, en
Allemagne, le travail singulier d'Einar Schleef sur la démultiplication
des personnages aborde de façon aussi provocatrice que novatrice la
question de la choralité : ainsi dans son adaptation de Maître Puntila
et son valet Matti de Bertolt Brecht.
S.H.