Laïcités-démocraties, des relations ambiguës : actes du colloque organisé par le Groupe de sociologie des religions et de la laïcité, UMR 8582 CNRS-EPHE, les 7 et 8 décembre 1998 à l'IRESCO

Comment concevoir les relations laïcité-démocratie alors que se transforment
les espaces politiques et religieux au gré de logiques de globalisation, de
modernisation et d'échanges transnationaux ? Telle est la perspective
explorée lors du colloque "Laïcités, religions et démocraties" organisé par le
Groupe de Sociologie des Religions et de la Laïcité (CNRS-EPHE). On a
souhaité retracer, par le présent ouvrage, ces rencontres qui ont privilégié la
possibilité de comparaisons par la présentation de terrains contrastés, européens
et extra-européens.
Les contrastes mis en lumière font valoir des "modèles-types" d'évolution des
rapports Eglises-Etats dans la société tels que la laïcisation ou la sécularisation,
dont seraient respectivement emblématiques la France et le Danemark, des
"particularités nationales" à l'image d'un "pacte laïque" français, d'une
cohabitation confessionnelle à l'allemande, ou encore d'un Etat juif en Israël,
"d'altérités historiques" telles que l'émergence possible d'une "laïcité
musulmane" en terre d'Islam ou, en Russie, la durable pensée des alternatives
politiques en des termes manichéens et religieux entravant la constitution du
politique en une sphère autonome.
Divers sont les chemins que peuvent emprunter les modèles de relations
Eglises/Etats, la place et le rôle de la religion dans la société, le statut des groupes
religieux et des croyants dans leur rapport à la citoyenneté. Confronter sur ces
thèmes les expériences nationales de différents pays conduit à constater
l'absence de modèles universalisables, tant au plan empirique qu'interprétatif.
Plus de démocratie ne veut pas forcément dire plus de laïcité et, a contrario,
plus de laïcité n'est pas la garantie d'une plus grande démocratie. Certaines
sociétés se coulent dans un lent processus de sécularisation sans heurts politiques
frontaux alors que d'autres privilégient les différents modèles étatiques plus
autoritaires et volontaristes de laïcisation. L'image souvent fantasmée d'une
laïcité moderne idéal-typique et universelle, consacrant la définitive et stricte
séparation entre sphère religieuse privée et sphère politique publique, ne résiste
donc pas à l'étude des cas particuliers.