Au bonheur des limbes

Contre l'éclat insoutenable de la «cité solaire», sans ombre
et sans pardon, que les tenants d'une Vérité unique et révélée
une fois pour toutes veulent instaurer sur terre, l'auteur nous
invite dans la pénombre d'une salle qui se trouve au sous-sol
d'un bar de Casablanca, portant ce nom prestigieux :
«Le Don Quichotte». Placée sous un tel emblème, on ne
s'étonnera pas de voir cette salle s'illuminer de mille feux,
devenir un lieu de métamorphoses et d'enchantements. Si
ses habitués l'appellent : la fosse, l'auteur y voit un royaume
des limbes ; non dans l'acception théologique de cette
expression, mais dans celle de l'écrivain anglais, Evelyn
Waugh, qu'il fait sienne et rapporte : l'endroit rêvé, ce sont
les limbes. On y trouve un bonheur naturel, sans la vision
béatifique ; ni harpes, ni discipline communautaire, mais
du vin, de la conversation, dans une humanité imparfaite et
diverse. Les limbes pour le non-baptisé, pour le païen de
bonne foi, pour le sceptique sincère. Contre l'intolérance
et la barbarie, le roman pourrait-il être à la fois un lieu de
lucidité et d'enchantement, l'espace par excellence de la
liberté ? À la lecture de ce second roman de Mohamed
Leftah, on en sort convaincu, si on ne l'était déjà.