Une histoire thématique de la littérature russe du XXe siècle : cent ans de décomposition

Pourquoi croise-t-on, sur le chemin de la littérature russe contemporaine, une
incarnation du socialisme triomphant... amputée d'une jambe ; un homme roux
sans yeux et sans oreilles, sans tête ni corps non plus, « de sorte qu'on se demande
de qui on parle » ; ou, plus effrayants encore, les cadavres soigneusement mutilés
de la littérature russe actuelle ? La représentation de la décomposition physique et
psychique des personnages - lesquelles vont souvent de pair - constitue un intérêt
constant pour la littérature russe du XX<sup>e</sup> siècle, soviétique ou non. Cette étude
thématique, fondée sur l'analyse de plusieurs grandes oeuvres du XX<sup>e</sup> siècle, donnera
au lecteur un panorama d'une littérature russe encore méconnue chez nous, par
comparaison avec celle du XIX<sup>e</sup> siècle.
La perspective historique montre qu'à la charnière des XIX et XX<sup>e</sup> siècles, le
décadentisme et le mouvement symboliste ont impacté d'une manière radicale la
représentation des fous et des «consciences obscures». L'exposé permet de mettre
en évidence une différence de nature entre la littérature des «contre-destins» du
XIX<sup>e</sup> siècle et la littérature dite «de la décomposition» (mentale, et éventuellement
physique), qui est l'objet de cette étude : dans la littérature russe du XX<sup>e</sup> siècle,
l'obscurité des consciences est relayée par une certaine opacité du texte, au service
d'une esthétique très spécifique qui «décompose» le réel en perceptions sensibles,
avant d'«effeuiller» un à un les clichés des représentations de l'homme qui avaient
cours depuis le XVII<sup>e</sup> siècle...
La présentation, qui conduit du début du XX<sup>e</sup> siècle jusqu'aux années 2000, tente
de faire le point sur les nouvelles fonctions que peut remplir, plus généralement, une
littérature qui semble avoir abandonné l'objet même de son entreprise : l'édification.