1204 : la Normandie entre Plantagenêts et Capétiens

Le 6 mars 1204 Château Gaillard tombait aux mains du
roi de France Philippe Auguste et le 24 juin de la même
année, Rouen lui ouvrait ses portes, puis tout le duché de
Normandie... Ces événements, qui n'ont pas totalement
disparu de la mémoire collective, sont-ils encore vraiment
compris ? Quelle est donc cette conquête qui n'en fut pas
une, puisqu'au XII<sup>e</sup> siècle l'abbé du Mont-Saint-Michel, Robert
de Torigni, écrivait que le «duché de Normandie appartient
au royaume des Francs» ? On sait que depuis 1066, autre
date célèbre, le sort de la région se trouvait inexorablement
lié à celui du royaume d'Angleterre et, à partir de 1144, à celui
du vaste monde plantagenêt, dit aussi «angevin», qui
s'étendait du nord de l'Angleterre au sud des Pyrénées.
Il y a désormais huit cents ans, en 1204, s'est donc joué un
épisode majeur du destin de l'Europe, qui en a modelé pour
des siècles la géographie politique. L'affrontement ne se limite
pas à celui de personnalités prestigieuses, presque de légende,
Richard Coeur de Lion (dont l'ombre plane encore même si le
roi est mort à cette date), Jean sans Terre et Philippe Auguste.
C'est le choc de deux royaumes en formation au sortir de la
phase féodale de l'histoire de l'Occident, le royaume
d'Angleterre et le royaume de France, qui est à l'oeuvre.
Les historiens et archéologues anglo-saxons et français
ont déjà longuement débattu de la portée de cet
événement et continuent de le faire. Cet ouvrage se
propose de présenter un bilan des recherches les plus
neuves menées sur ce point de part et d'autre de la
Manche et même outre-Atlantique.