Sur les pas des troubadours en pays d'Oc

Voyage à pied d'Ezra Pound
dans le sud de la France en 1912
En fouillant dans ses papiers, en 1958, Ezra Pound
tomba sur tout un lot de carnets qui dataient de l'été
1912, au cours duquel, encore tout jeune homme, il
avait parcouru à pied les paysages des troubadours dans
le sud de la France. Depuis toujours, Pound a été fasciné
par la poésie de la Provence médiévale. Ses tentatives
pour recréer les formes lyriques complexes d'Arnaut
Daniel, de Bertran de Born et d'autres poètes de langue
d'oc figurent dans ses recueils de poésie les plus anciens ;
ses recherches érudites à ce sujet se retrouvent dans
L'Esprit des littératures romanes , écrit en 1910, et la mystique
des troubadours devait devenir une des plus riches
harmoniques des Cantos.
Pour nous qui vivons à l'abri de nos maisons, ou qui, tout
simplement, sommes pourvus de bons imperméables, le temps
qu'il fait n'a plus guère d'importance ; mais combien ces vers
prennent vie et force si nous songeons qu'ils furent chantés par
des hommes pour qui les conditions atmosphériques déterminaient
dans une très large mesure chaque acte, chaque plaisir de
l'existence. C'est ainsi que la mention du temps qu'il fait, à
l'orée de chaque chanson, devient chose naturelle : elle reflète
une situation bien réelle.
La volupté suprême, quand on marche avec un paquetage
sur le dos, c'est le moment où on le pose à terre, ou bien celui où
l'on se laisse aller contre lui comme sur un oreiller. Mais c'est
là un luxe qui ne vaut que par beau temps. On sent dans la
pluie une malveillance toute personnelle quand on est fatigué
au-delà d'un certain point, ou trempé jusqu'aux os.