Le scandale McEnroe

Le 9 septembre 1979, à New York, McEnroe, vingt ans, remporte
sur un ange blond échevelé son premier titre : le cavalier cavale de
façon peu cavalière pour le malheureux roman en cours. L'Europe,
en effet, depuis quelque temps, se traîne. La France, par exemple, a
perdu sa vieille part de gaieté physique. Une province. Le mousquetaire
ne peut pas être français, pas cette fois-ci, plus français,
plus jamais français (pense-t-on).
«New York est surchargé d'électricité», écrivait Paul Morand.
Vous êtes face à un accident cardiaque heureux de l'espace. John
McEnroe est un mousquetaire new-yorkais qui emballe la narration.
Jusque dans un jardin anglais, à Wimbledon, dans les floraisons
grasses, sur son tendre territoire végétal où il passe comme
une sorte de punk mélodieux suscitant par ses sorcelleries votre
exaspération amoureuse. Et c'est par cette accélération historique
du récit, soyons clair, qu'il renverse Borg sur l'échiquier du temps.
Le meilleur coup de McEnroe ? Le coup de théâtre. Scandale.
Th. A. R.