Le bagne de Toulon, 1748-1873

Pendant plus d'un siècle la ville de Toulon fut souvent assimilée au plus grand bagne
métropolitain. Forme de répression barbare, les bagnes ont marqué la conscience
collective. Ils ont inspiré nos plus grands auteurs. Le célèbre Vidocq, forçat devenu
policier, a donné naissance au Jean Valjean de Victor Hugo et au Vautrin de Balzac.
Le bagne de Toulon fut créé en 1748 par l'union du corps des galères et de la Marine
dans le but d'utiliser les galériens pour la construction des vaisseaux du roi. Le travail
des condamnés s'étendit progressivement à toutes les branches de l'activité du port.
Après un voyage épuisant, les bagnards de «la chaîne» arrivés à Toulon étaient marqués au
fer rouge, rasés, enchaînés et accouplés. Pendant des années ils logèrent sur les galères dans
des conditions d'hygiène inimaginables, responsables d'une mortalité effrayante, puis sur de
vieux vaisseaux hors d'état de naviguer : les bagnes flottants. La construction, sur les quais,
de bâtiments spécialement conçus pour eux, améliora un peu leurs conditions de vie.
Les trois à quatre mille forçats du bagne de Toulon appartenaient à toutes les classes de
la société. Environ un quart étaient condamnés à perpétuité pour leurs crimes. Les autres
étaient le plus souvent de simples voleurs.
À partir de 1820 les châtiments s'adoucirent progressivement et les forçats furent formés
pour exercer de nombreux métiers. Leurs conditions de vie s'humanisèrent un peu et le
bagne de Toulon devint le seul à rapporter un bénéfice à la Marine.
Il fut définitivement fermé en 1873. Il ne reste pratiquement rien de ses installations
matérielles, mais il est toujours possible de s'imaginer le sort tragique de ces hommes grâce
aux nombreux ouvrages publiés sur le sujet, aux dessins et aux archives.
Ce livre est la synthèse des recherches effectuées par l'Académie du Var à partir de tous
ces documents.