Chemin faisant : récit illustré d'une marche contre le chômage, la précarité et les exclusions. Transfusion d'encres

Voici des gens qui d'ordinaire sont écrits. Mal, le plus souvent car la
désinvolture aussi a gagné l'écriture. Mais enfin, de temps à autre, on
les retrouve écrits dans un journal ou alors parlés dans une radio ou
télévisés sur un écran.
Voici donc des gens médiatisés. En de rares moments, ils baissent. Le
plus souvent, ils augmentent. Parfois aussi ils explosent.
Car ces gens-là, personne ne s'y trompe, ne sont pas vraiment des
gens, mais plutôt des chiffres. Ils n'ont pas de noms non plus et pas de
prénoms. Et s'ils sont quelque part, c'est «au chômage», territoire indistinct
seulement balisé d'activations ou bien de formations ou bien de
dégressions : on ne s'y retrouve pas tant qu'on ne s'y retrouve pas.
Un jour, je les ai rejoints dans une marche qu'ils faisaient. Et j'ai vu ce
territoire faire mouvement. J'ai entendu les bruits que les pas faisaient.
J'ai regardé le chemin qu'ils foulaient et j'ai parfaitement vu qu'ils se
déplaçaient, c'est-à-dire qu'ils changeaient de place. Marcher, ce n'est
pas aller d'un point à l'autre, c'est aller de l'autre à l'autre, point.
Si vous marchez pour vous rendre au magasin, vous ne marchez pas,
vous allez au magasin. Marcher, c'est comme écrire. Si vous écrivez en
sachant véritablement quoi écrire, vous n'écrivez pas, vous rédigez.
Ce livre qui est un livre d'immense liberté va surprendre alors ceux qui
parlent de, ceux qui parlent sur, ceux qui parlent fort ainsi d'ailleurs
que ceux qui vont au magasin. Car voilà, c'est tout simple : ce livre est
un livre d'écrivains. J'espère qu'il va marcher.