Profession cinéaste... : politiquement incorrect !

Profession cinéaste... : politiquement incorrect !

Profession cinéaste... : politiquement incorrect !
Éditeur: Italiques
2013336 pagesISBN 9782356170040
Format: BrochéLangue : Français

Jacques Dupont ! Ce nom français par excellence, au point d'en paraître banal

(du moins autrefois), ne semblait pas promettre, à celui qui le portait, un destin

exceptionnel. Paysan, artisan, instituteur, soldat, oui, peut-être. Voilà ce qui pouvait

attendre tous les Jacques Dupont de jadis, et Dieu sait s'ils durent être nombreux.

Mais le nôtre devait échapper aux destinées ordinaires. Il fut aidé en cela

par un vingtième siècle fertile en trouvailles nouvelles, propres à faire bouger le

paysage. Sur son chemin, ce Dupont-ci en rencontra deux qui modifièrent profondément

sa trajectoire : le cinéma et la décolonisation. Le cinéma pouvait avoir

du bon, source d'évasion pour ses pratiquants, public ou cinéastes. Pour la décolonisation,

ce sera autre chose...

Après l'IDHEC, l'Institut des Hautes études cinématographiques dont il sort

major, et plusieurs courts-métrages et documentaires exotiques (dont Crèvecoeur ,

film sur le bataillon français dans la guerre de Corée, qui lui vaudra l'inimitié vigilante

des communistes, puis La Passe du Diable (1958) avec Pierre Schoendoerffer, Joseph

Kessel et Raoul Coutard), voici la consécration en 1960, avec Les Distractions , un premier

grand film de fiction, tourné en France cette fois. Les acteurs s'appellent Belmondo,

Claude Brasseur, Alexandra Stewart, Mireille Darc, tous futures grandes

vedettes. Nous sommes à l'époque où débutent Chabrol, Godard, Truffaut et plusieurs

autres. Belle époque somme toute. Oui, enfin... C'est le moment que choisit

Jacques Dupont pour s'engager à fond dans une cause perdue, lui, les siens, famille

et amis. Bientôt, l'étiquette aux trois lettres infamantes : OAS, leur collera sur le dos

pour longtemps, si longtemps que Jacques Dupont ne pourra plus jamais faire de

longs métrages. En effet, à son nom, toutes les portes se ferment, tous les projets sont

refusés. Non seulement dans l'aventure la France a perdu l'Algérie, mais aussi

nombre de ses meilleurs serviteurs, militaires et civils. Elle a perdu notamment un

futur grand cinéaste et c'est bien dommage. Comment beaucoup plus tard Jacques

Dupont trouvera refuge et salut à la télévision, c'est entre autres ce que raconte son

livre passionnant, passionné aussi (on ne se refait pas). Il est maintenant grand temps

que je laisse au lecteur le plaisir de le découvrir. Écoutons plutôt le clap traditionnel

et les mots magiques : «Silence ! On tourne.»

Philippe d'Hugues

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