L'image à Byzance : une nouvelle lecture des textes anciens

À Byzance eikon désigne indistinctement toute forme de représentation
et son usage relève de multiples régimes, conceptuels aussi bien
que pratiques. Ce livre part des premiers discours apologétiques issus
de la crise iconoclaste pour chercher en aval, dans la littérature
antérieure, la théorie byzantine de l'image, à savoir un système conséquent
de pensée qui rend compte de la justification, la constitution
et la perception de la représentation plastique, ainsi que des types de
discours que celle-ci génère. Il s'agit évidemment d'une théorie
«ambiantale», formulée à travers des spéculations qui relèvent de
multiples contextes, de la dogmatique jusqu'à l'hagiographie ; leur
juxtaposition donne à voir ce qu'est l'art plastique pour les Byzantins,
à travers leurs interprétations du processus qui transforme un objet
matériel en image d'art et leurs réactions vis-à-vis de ce dernier.
Tenant compte de l'héritage antique aussi bien que des usages qui
leur sont contemporains, procédant par ajustements, voire même par
contradictions, les agents de cette théorie instaurent une conception
originale de l'image. Leurs positionnements, quoique fragmentaires,
révèlent une ampleur de thèmes, étayée par les principes chrétiens
fonciers : une cosmologie issue de l'agnosie de Dieu et de la scission
verticale du cosmos entre créé et incréé, une anthropologie issue du
nouveau concept existentiel de l'hypostase. L'homologation de la
forme est absente ; l'accent est mis sur la gestion du contenu, compris
comme une mutation de la mimésis : l'image plastique n'est pas un
dédoublement apparent, mais participe effectivement à l' étant du représenté.
Elle permet alors de passer de la théoria à la praxis et servir
la volonté des Byzantins de faire de la connaissance (visuelle ou autre)
une expérience. Ce qui confirme la thèse de Belting sur la promotion
de l'image-présence vis-à-vis de l'image-esthétique, à tous les niveaux,
ontologique, formel, psychologique ou fonctionnel. Ce constat ne
signifie pas pour autant une absence d'esthétique ; celle-ci se fonde
désormais sur des propriétés autres que la forme, qui ne sont point
esthétiques au départ, mais qui finissent par le devenir.