Penser le comportement animal : contribution à une critique du réductionnisme

Dire qu'un animal se comporte à l'égard de ce
qui l'entoure qu'est-ce à dire ? Le comportement
est constitué par un type de manifestations qui
n'appartient qu'à certains vivants ; il forme un flux
continu et spontané qu'une étude segmentée détruit nécessairement. Pourtant,
ce sont de brèves séquences comportementales isolées au laboratoire que
l'on choisit d'étudier. Mais a-t-on encore affaire à un comportement ? Ne
l'a-t-on pas ainsi réduit à l'un des éléments qui le composent : les mécanismes
physiologiques, le programme génétique, les opérations cognitives,
etc. ? Qu'est-ce qu'un animal empêché de se comporter, qui est-il ? On doit
alors s'interroger sur les raisons de la prédominance des études de laboratoire
et sur les bénéfices qui peuvent être tirés d'une telle production de
connaissances. Car ces méthodes décident notamment des conditions de vie
de millions de mammifères et d'oiseaux destinés à la consommation.
À l'opposé de cette perspective réductionniste, le comportement est
compris par les approches phénoménologiques comme l'expression d'une
liberté, une relation dialectique avec le milieu. Celles-ci imposent du même
coup des conditions d'observation en milieu naturel. Comment, dès lors,
élaborer une éthologie plus juste, tant du point de vue de la compréhension
du comportement que de celui des besoins, au sens large, des animaux
placés sous la domination de l'homme ?