Revue française des affaires sociales, n° 4 (2005). Solidarités familiales

La notion de «solidarité familiale» apparaît pour la première fois dans les années
1970 dans les champs tant politique que scientifique. Ses définitions sont multiples,
depuis une conception étroite qui se limite à la seule entraide matérielle
entre membres de la famille jusqu'à une conception large qui englobe l'ensemble
des échanges qui peuvent avoir lieu dans la parenté. Cette notion de «solidarité
familiale» renvoie d'ailleurs à plusieurs ensembles de dispositifs juridiques
- notamment l'obligation alimentaire - comme l'illustrent plusieurs articles rassemblés
dans ce numéro mais s'étend bien au-delà. La solidarité dans le couple, dans
ses différentes formes, est aussi interrogée.
La solidarité familiale comporte différents aspects : sociabilité, soutien et support
social, échanges de services et d'argent... Un des articles analyse ainsi les pratiques
et le rôle des transferts intergénérationnels en matière de logement.
L'emploi de cette notion, à la fois dans la sphère publique et dans la sphère privée,
reflète le rôle assigné aux familles dans la prise en charge des personnes les plus
vulnérables, par exemple lors de mesures de protection juridique de parents âgés
ou dans le cas d'une solidarité pécuniaire imposée en faveur de personnes dépendantes,
situations qui ont fait l'objet de travaux de recherche rapportés dans deux
articles de ce numéro.
Quant à l'exercice des obligations des parents vis-à-vis des enfants et des jeunes, il
n'est pas sans poser de difficultés lorsque les parents sont séparés et ont éventuellement
recomposé une famille, tant pour la fixation des pensions alimentaires - dans
un souci de simplification et d'équité des auteurs proposent ici un barème pour ces
pensions - que psychologiquement pour les jeunes eux-mêmes qui sont partagés
entre leur désir d'indépendance vis-à-vis de leurs parents séparés et la poursuite
d'études que permettent ces aides, comme en témoigne un autre article.
La question des solidarités familiales ne se pose pas seulement en France. L'étude
de neuf enquêtes menées dans huit pays européens montre, malgré la diversité
des formes et des modes de fonctionnement de la famille, que l'entraide fait partie
intégrante du système familial dans ces pays.
Ce numéro se propose ainsi d'apporter sa contribution à la réflexion sur les implications
des mutations familiales et des transformations des modes de vie quant
à l'articulation des solidarités familiales avec la solidarité publique, débat dont on
perçoit bien l'importance au vu des évolutions démographiques des populations
européennes.