L'invention des déchets urbains : France, 1790-1970

L'invention des déchets urbains : France, 1790-1970

L'invention des déchets urbains : France, 1790-1970
Éditeur: Champ Vallon
2005297 pagesISBN 9782876734173
Format: BrochéLangue : Français

En France, les municipalités produisent aujourd'hui 47 millions de tonnes de

déchets par an ; elles consomment environ 6 milliards de mètres cubes d'eau

et produisent à peu près la même quantité d'eaux usées. Les villes consomment

donc beaucoup et perdent presque autant. Elles constitueraient, selon l'écologue

Eugen Odum, des écosystèmes parasites, vivant au détriment des autres tout

en affectant le fonctionnement biogéochimique de la biosphère.

Déchets et eaux usées sont d'excellents traceurs des relations qu'entretiennent

les sociétés et la nature et permettent de s'interroger sur la permanence du

parasitisme urbain - question d'importance au regard des enjeux du

développement durable. Une première analyse laisserait penser que

l'industrialisation et l'urbanisation caractéristiques des deux derniers siècles

ont renforcé le rôle destructeur des villes et la production de déchets de

toutes natures : le déchet serait en quelque sorte consubstantiel à la ville.

Sabine Barles revient ici sur cette hypothèse en montrant que l'invention des

déchets urbains est relativement récente. L'analyse et l'exploitation du cycle

des matières furent en effet déterminantes au cours de la première révolution

industrielle. Leur circulation de la maison à la rue, de la rue et de la fosse

d'aisances à l'usine ou au champ contribua au premier essor de la consommation

urbaine. Scientifiques, industriels, agriculteurs - parfois confondus -

regardèrent la ville comme une mine de matières premières et participèrent,

aux côtés des administrations municipales, des services techniques et des

chiffonniers, à la réalisation d'un projet urbain visant à ne rien laisser perdre,

projet garant de la salubrité urbaine, du dynamisme économique et de la

survie alimentaire.

Ce n'est que lorsque industrie et agriculture purent se passer de la ville

qu'elles lui abandonnèrent ses excreta au profit d'autres matières premières plus

abondantes, plus rentables, plus commodes. De fait on assiste, à partir des

années 1880, à une dévalorisation progressive des excreta urbains qui se feront

plus tard déchets et eaux usées, malgré les tentatives faites çà et là pour leur

trouver de nouveaux débouchés. Chimistes et agronomes se détournèrent de la

ville qui échappa dès lors à leurs compétences.

La ville, principal lieu d'une consommation dont elle avait dans un premier

temps permis l'essor, rompait ses liens matériels avec l'agriculture et l'industrie

et devenait ce que dénonçaient les premiers écologues urbains : un parasite.

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