Edmond Rostand : le Cyrano de Marseille

Tout est parti d'une aventure, un rien culottée en cette fin de
dix-neuvième siècle. Celle d'un groupe de lycéens marseillais
fraîchement convertis en poésie, amoureux de l'alexandrin. La
Muse Gueule était née.
À peine lancé, le cercle tourna rond. Inspirateur désigné de ces
travaux d'élèves, Edmond Rostand continuera, quelque quinze ans
après sa mort, par la pensée et à titre posthume, de nourrir chez les
poètes en herbe les plus nobles ambitions.
Voilà comment notre jeune Rastignac sera un jour amené à prendre
son envol, désertant le cocon du 14 de la rue Montaux (qui porte
aujourd'hui son nom) pour gagner sans plus tarder les mirages de
la capitale. De la Seine à la scène, de Cyrano à L'Aiglon et
Chantecler , de Sarah Bernhardt à Anna, Simone et autre Mary
Marquet, Edmond Rostand les aimera toutes ; le temps d'épouser
la poétesse Rosemonde Gérard et de lui faire deux enfants, Maurice
et Jean (le chasseur de grenouilles). Le temps de multiplier
les coups de théâtre et de mettre Paris à ses pieds de nez. Juste
l'espace d'un alexandrin. Avant de mourir de la grippe espagnole.
Au bout d'un demi-siècle de vie. Celle d'un héros.