L'étranger en Côte d'Ivoire : crises et controverses autour d'une catégorie sociale

Le premier couplet de l'hymne national de la Côte d'Ivoire réfère à la
«terre d'espérance» et au «pays de l'hospitalité». En effet, l'hospitalité
a été promue comme une valeur cardinale de la société ivoirienne
postcoloniale. Akwaba, bienvenue, en akan, est passé dans le langage
courant et a été érigé comme référence absolue des valeurs pour tout
Ivoirien.
Mais, l'émergence du concept d'ivoirité, dans les années 1990,
avec une vision étriquée de l'identité nationale fonde l'appartenance
et l'identification aux communautés ivoiriennes par le rejet de l'Autre.
D'où la banalisation de la xénophobie, comme en témoignent les
slogans : «je suis xénophobe, et alors !», «nous ne pouvons pas être le
dépotoir de la sous-région», etc. Les intellectuels théorisent alors sur
les désavantages de l'acceptation des étrangers et la générosité des
politiques de leur intégration dans la société ivoirienne.
Alfred Babo revisite les aspects socio-anthropologiques, législatifs
et administratifs de l'appel aux étrangers et analyse l'ambivalence de
leurs droits. Il opte pour une approche multidisciplinaire pour mieux
appréhender l'archéologie du concept de l'étranger en Côte d'Ivoire
et examine les politiques publiques dans le contexte de constructions
identitaires en Afrique postcoloniale.
Issiaka Mandé, Professeur, UQAM, Montréal