La modernité à l'horizon : la culture populaire dans le Japon des années vingt

De la fin de l'ère Meiji (1868-1912) au début
des années trente, la société japonaise
voit se développer une nouvelle culture
populaire, essentiellement urbaine, coupée de ses
racines villageoises et de ses rythmes religieux et
festifs. Une culture moderne qui, pratiquement
en même temps qu'en Occident, va s'appuyer sur
la production de masse et l'industrialisation des
loisirs que les nouvelles technologies autorisent.
Au cours de cette période, on assiste ainsi à l'essor
du cinéma, du disque et de la radio, alors que les
salles de spectacle présentent, en plus du kabuki et
du théâtre moderne, revues, opérettes et variétés
de toutes sortes. Les maisons d'édition proposent
des livres de poche, des collections littéraires à
bon marché et une multitude de revues à grand
tirage souvent destinées à un lectorat féminin. Les
nouveaux parcs de loisirs offrent leurs attractions
inspirées du Luna Park de Coney Island, et les
centres commerciaux poussent autour des gares qui
scandent désormais le paysage urbain. La presse,
les transports publics et les grands magasins
conjuguent leurs efforts pour répandre de
nouveaux modes de vie qui touchent à tous les
aspects de la vie quotidienne et familiale. Les
textes réunis ici font découvrir quelques facettes
majeures de cette culture populaire en train de
se faire, commerciale certes, mais également
ludique et ouverte à tous les apports, autochtones
comme étrangers. Ainsi, avant la mainmise du
militarisme fascisant, le Japon aura lui aussi
connu le dynamisme inventif et désordonné,
joyeusement décadent, des «Années folles».