Gagner la guerre : récit du vieux royaume

Au bout de dix heures de
combat, quand j'ai vu la
flotte du Chah flamber
d'un bout à l'autre de
l'horizon, je me suis dit :
«Benvenuto, mon fagor,
t'as encore tiré tes os d'un
rude merdier». Sous le
commandement de mon
patron, le podestat
Leonide Ducatore, les
galères de la République
de Ciudalia venaient
d'écraser les escadres du
Sublime Souverain de
Ressine. La victoire était
arrachée, et je croyais que
le gros de la tourmente
était passé. Je me gourais
sévère. Gagner une
guerre, c'est bien joli, mais quand il faut partager le butin entre
les vainqueurs, et quand ces triomphateurs sont des nobles pourris
d'orgueil et d'ambition, le coup de grâce infligé à l'ennemi n'est
qu'un amuse-gueule. C'est la curée qui commence. On en vient à
regretter les bonnes vieilles batailles rangées et les tueries codifiées
selon l'art militaire. Désormais, pour rafler le pactole, c'est au
sein de la famille qu'on sort les couteaux.
Et il se trouve que les couteaux, justement, c'est plutôt mon rayon...