Communication & organisation, n° 44. Nouvelles formes de visibilité des individus en entreprise : technologie et temporalité

La problématique de la visibilité surgit depuis quelques années comme en
témoigne une multitude de publications et de manifestations scientifiques.
Dans l'ouvrage collectif au nom évocateur Nicole Aubert et Claudine
Haroche étudient les paradoxes liés à la domination sans bornes du
visible par le biais de l'image et à l'obligation pressante sur tout un chacun
de se rendre public. Etre visible, c'est exister, pour les adolescents et les
jeunes diplômés, les hommes et les femmes politiques, les institutions et
les entreprises, les produits et les marques. Richard Sennett évoquait, dès
les années 70, l'émergence de l'individu narcissique en quête permanente
d'un reflet de soi. Cette exigence de visibilité, qui s'est accrue à partir des
années 1990, s'appuie sur des dispositifs numériques (réseaux sociaux,
blogs, sites institutionnels, etc.) dont l'expansion fulgurante reflète le
besoin de nouveaux espaces de mise en visibilité dans la sphère publique.
Qu'en est-il pour les individus au travail ? Que signifie «être visible»
pour un salarié ou un collectif de travail dans le contexte de l'entreprise
moderne où prime la corporate gouvernance ? Quelles sont les raisons qui
les poussent à rechercher en permanence le regard d'autrui ? L'une des
spécificités de ce numéro thématique tient à ce que nous proposons de
cerner la problématique de la visibilité dans le périmètre de l'entreprise et
de l'interroger dans une approche communicationnelle.