
«Là où je suis, il n'y a pas de vent. Du sol s'élève une
odeur de terre mouillée qui sature l'air. J'en ai le goût
dans la bouche. Mes membres sont cotonneux, tout
comme le paysage dont les nuages s'accrochent aux
aspérités du terrain comme du coton à une barbe. Tout
est plongé dans une atmosphère irréelle. Je sais que le
pire arrive, mais je suis incapable de le ressentir
violemment. Mes émotions aussi sont cotonneuses,
filtrées, étourdies. L'immobilité me pèse, la mienne
comme celle qui m'entoure. Je voudrais que quelque
chose se passe, mais j'ai la certitude que rien n'arrivera.
Je suis condamné à demeurer dans ce paysage intime
fait de grisaille, de froidure et de douceur anesthésiante.
Les mêmes pensées roulent dans ma tête. Je ne peux pas
en avoir d'autres, car rien de nouveau ne doit advenir.
Je sais que personne ne viendra.»
François ressent le sentiment d'être nu face à
l'existence depuis qu'il a dû quitter son domicile pour
une maison de retraite. En proie à l'angoisse devant la
mort qui approche, l'effritement progressif de ses
certitudes le mène à revoir sa vie à l'aune du doute.
Ce roman est l'histoire d'une naissance tardive à la vie.